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Rencontre : Selim Mouzannar

Portrait | 1er Juillet 2019

RENCONTRE AVEC SELIM MOUZANNAR, JOAILLIER AU SERVICE DE LA BEAUTÉ, EN POP UP DU 1er AU 31 JUILLET À L'ESPACE JOAILLERIE

C’est dans les nouveaux Salons Particuliers, un jour de plein été qui rappelle le soleil de Beyrouth, que Le Bon Marché a fait la connaissance de Selim Mouzannar, joaillier franco-libanais. À travers des collections de bijoux colorées et vibrantes célèbre son héritage culturel, sa passion pour l’architecture ottomane et son amour pour l’eau turquoise de la Méditerranée. D’une luminosité unique, chaque pièce est également le reflet des convictions profondes de Selim Mouzannar qui milite pour un monde plus juste et qui a fait de la non-violence un combat quotidien.

Pouvez-vous nous parler de vous et de ce qui vous a poussé à devenir joailler ?


Je suis né dans une famille de joailliers, fournisseurs de l’Empire ottoman depuis le 19e siècle. Enfant, je passais mon temps à l’atelier et à la boutique de mon père, dans le cœur du souk historique des bijoutiers de Beyrouth. Cela m’a appris les rudiments du métier sans forcément éveiller en moi une vocation puisqu'à l'époque je voulais être journaliste.


Et pourtant ! En 1980 j'emménage à Paris pour entreprendre des études en minéralogie et gemmologie. J’ai été engagé par un grand groupe de joaillier pour diriger leurs ateliers en Arabie Saoudite. Je suis parti vivre en Thaïlande pour travailler dans une mine de rubis, à la frontière Birmane. Après ces premières expériences et la fin de la guerre au Liban, j’ai décidé d’y revenir m’installer pour fonder ma propre marque.

Le Liban est un pays qui rassemble culture occidentale et orientale. En quoi cela se ressent-il dans vos créations ?


L’architecture ottomane et Art-déco de l’ancien Beyrouth, un mélange de la culture orientale et des traces de la présence française et italienne, m’a beaucoup marqué. J’ai d’ailleurs mis beaucoup d’énergie dans la restauration de la maison familiale que j’habite aujourd’hui, dans le vieux quartier d’Achrafieh.


C’est dans ce creuset que je puise mes idées de bijoux. Les arcades des maisons, les symboles anciens, les camaïeux de couleurs de la Méditerranée : tout ce qui m’entoure depuis mon enfance influence énormément mes créations.

Mon seul but en créant un bijou est de rendre heureuse celui qui le portera

Comment décririez-vous le style de vos bijoux ? En quoi sont-ils l’expression d’un mélange entre tradition et modernité ?


J’aime confronter le passé à la modernité. Je suis un passionné de bijoux anciens, j’ai d’ailleurs une boutique à Beyrouth où je vends des pièces anciennes que j’ai collecté ces dernières années. Je veux avant tout que mes bijoux témoignent d’un héritage en perpétuel mouvement.


Mon atelier est mon laboratoire, je travaille en permanence sur des motifs hérités du passé que j’adapte aux techniques modernes de la joaillerie.

Comment choisissez-vous les pierres de vos bijoux ?


Je choisis les pierres de mes bijoux principalement au coup de cœur. Je tombe amoureux d’une pierre, je l’achète et ce n’est que plus tard que j’imagine quel bijou je pourrais créer avec. Je peux passer des heures à les observer, c’est toujours un voyage extraordinaire.


Comment imagine-t-on une bague ?


J’essaie de trouver l’harmonie parfaite entre la couleur, la forme, la taille de la pierre et mon envie et mes inspirations du moment. Si c’est un bijou réalisé sur mesure, je discute énormément avec la personne pour coller au mieux à sa personnalité. Mon seul but en créant un bijou est de rendre heureux celui qui le portera.

La beauté est une promesse de bonheur et je pense toujours que créer de belles choses dans un monde habité par la violence participe à répandre un message d’amour et de paix

Vous utilisez la technique unique de l’email pour créer vos bijoux, pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ?


C’est une technique ancestrale qui utilise une matière fondante composée de minéraux principalement de silice et de pigments, qu’on applique sur du métal pour le décorer. J’utilise cette méthode perfectionnée à la joaillerie moderne, appliquée avec de nouvelles couleurs et des effets de transparence. Elle permet de magnifier l’éclat des pierres voire du bijou.

Pouvez-vous nous parler de votre pièce « Amal », récompensée d’un prix au salon couture de la haute joaillerie, et de ce qu’elle représente pour vous, notamment au regard de votre engagement en faveur de la non-violence ?


Je vis dans une région où la tension est palpable et les conflits nombreux. J’ai été confronté à la guerre et aux atrocités entre les gens depuis mon plus jeune âge, ce qui m’a poussé à rejeter toute forme de violence et à m'engager personnellement pour cette cause. Je suis convaincu que les hommes peuvent cohabiter ensemble en dehors des rapports de force et de la violence.


Quand j’ai imaginé ce collier en 2017 avec des émeraudes trapiches exceptionnelles venant de la mine de Muzo en Colombie, j’ai voulu l’appeler « Amal », car ce nom signifie espoir en Arabe. La beauté est une promesse de bonheur et je pense toujours que créer de belles choses dans un monde habité par la violence participe à répandre un message d’amour et de paix. C’est en tout cas ce que j’espère raconter avec mes bijoux.