hero image
Horaire
Horaires d'ouverture Ouverture : 11h-18h45 - 11am to 6.45pm.
En raison des événements actuels, Le Bon Marché Rive Gauche est ouvert du lundi au dimanche de 11h à 18h45. Le magasin sera exceptionnellement fermé le dimanche 9 août.
Location
Adresse24, rue de Sèvres, 75007 Paris
En raison des événements actuels, Le Bon Marché Rive Gauche est ouvert du lundi au dimanche de 11h à 18h45. Le magasin sera exceptionnellement fermé le dimanche 9 août.

Rencontre : OKI SATO

Culture | 11 janvier

RENCONTRE AVEC OKI SATO, DESIGNER JAPONAIS, FONDATEUR DU STUDIO NENDO

Cet hiver, Le Bon Marché invite le designer japonais Oki Sato à venir déployer son immense talent entre ses murs avec une exposition poétique et élégante nommée « ame nochi hana » (fleurs de pluie). Fondateur du studio nendo, Oki Sato imagine des créations à la fois joyeuses et épurées qui invitent à une parenthèse de sérénité en réponse à l’agitation de notre époque. Né au Canada, il puise son inspiration dans sa double culture et crée des œuvres à la frontière entre le Japon et l’Occident. Avec simplicité, joie, humour et inventivité, Oki Sato modèle le réel à la manière d’une pâte à modeler (traduction du mot « nendo ») et nous invite à retrouver notre regard d’enfant.


Rencontre avec Oki Sato qui nous parle de son travail de designer et nous dévoile les inspirations et secrets de son exposition événement.

Quelle a été votre réaction lorsque Le Bon Marché Rive Gauche vous a invité à l’occasion de cette carte blanche, après les artistes Ai Weiwei, Chiharu Shiota, Leandro Erlich et Joana Vasconcelos ?


Être invité après ces grands artistes a été une immense surprise pour moi ! Jusqu’à présent Le Bon Marché Rive Gauche a fait appel à des artistes alors que moi je suis un designer. Et je pense que la grande différence entre un artiste et un designer est qu'un artiste est libre de proposer les idées qui lui passent par la tête, alors qu’un designer doit répondre à un problème précis ou être inspiré par quelque chose de concret.
Le plus terrible pour moi serait d’avoir un client qui me déclarerait : « tu peux faire ce que tu veux ». Ce serait un cauchemar ! Et pour être honnête, la proposition du Bon Marché Rive Gauche a été quelque chose de cet ordre-là. On m’a donné tellement de liberté qu’au début j'étais totalement perdu !
©Kento Mori

Qu’évoque pour vous Le Bon Marché Rive Gauche ?


Le Bon Marché Rive Gauche est vraiment un lieu inspirant, notamment les verrières centrales, les vitrines, les différents espaces intérieurs... Le traverser simplement me donne déjà plein d’idées. Pour cette exposition, ce n’est pas tant Le Bon Marché Rive Gauche qui a été mon point de départ, mais plutôt le « mois du blanc ». J’ai trouvé que c’était une belle histoire que celle des gens qui achètent des choses blanches pour la vie quotidienne, comme des draps, des serviettes, des assiettes blanches, afin de rafraîchir leur esprit, leurs sentiments et leurs émotions en début d’année. C’est devenu le point de départ pour ce projet.

« Le point de départ de l'exposition était de rafraîchir notre esprit et nos émotions. » Oki Sato

Quel est votre processus de création


Chaque projet suit toujours le même processus, qu’il s’agisse d’une création artchitecturale à grande échelle ou de la fabrication d’un emballage de chewing-gum. Je pars toujours d’une histoire que je me raconte et que transpose sous forme de croquis. Du croquis, je fabrique ensuite une maquette qui me permet de tester les matériaux que je souhaite utiliser. Le plus important selon moi est de ne surtout pas rester derrière l’écran d’ordinateur mais de toucher et de sentir les matières grâce à ces maquettes pour comprendre ce qui se passe vraiment.
©nendo

Est-ce la première fois que vous intervenez dans un lieu commercial aussi vaste ?


Oui, c’est la première fois que je travaille dans un espace commercial de cette envergure. Et la plus grande différence avec une visite au musée c’est que les gens qui visitent les musées sont plus attentifs, ils achètent des billets, entrent dans les salles et se concentrent sur ce qu’ils voient. Dans une situation comme celle d'un grand magasin, les visiteurs ne sont pas aussi attentifs. Vous devez donc trouver quelque chose de spécial pour attirer leur attention.
Et j'estime qu'il ne s'agit pas de crier ou de hurler. Mais plutôt de chuchoter, parce que tant de choses se passent dans cet espace, que lorsque vous essayez de crier ou de hurler, l’attention des gens se crispe. Dans ce contexte, j'essaie donc de murmurer pour que les gens m'écoutent. Les installations que je montre ici changent et bougent en permanence. Espérons que cela interpelle les gens et les invite à revenir plusieurs fois pour voir comment ça évolue. C’est une proposition avec laquelle vous pouvez vous même interagir.

Pour votre installation au rez-de-chaussée, comment avez-vous eu l’idée des gouttes de pluie qui se transforment en fleurs ? Quel a été le déclic ?


Le point de départ était donc de rafraîchir notre esprit et nos émotions. J’ai pensé que les gouttelettes représentaient la pluie, mais aussi la tristesse et les larmes. Dans un sens, elles ont un côté négatif. A contrario, les fleurs, elles, représentent le côté positif : la vie, le bonheur et la joie. Et je veux montrer les deux côtés à la fois. Je pense que j’ai été inspiré par quelque chose que m’a dit un jour, il y a 15 ans, Issey Miyake : « en art, vous pouvez émettre de nombreuses émotions, telle la colère, la tristesse ou la peur, mais en tant que designer, vous devez délivrer bonheur et joie ». Et c'est ce que je voulais faire ici.

Comment définiriez-vous le design en quelques mots ?


Je dirais que le design est fun et fonctionnel en même temps, parce qu’en anglais le mot fun est inscrit dans le mot « functionnal ».


Êtes-vous un rêveur ?


Oui je suis un rêveur. Absolument ! Parfois je pense que quand je vais dormir et que je rêve, c’est la vraie vie, et que quand je me réveille, c’est vraiment le rêve. Je vis dans mes rêves !


Il-y a t-il un message que vous souhaiteriez addresser aux visiteurs de l’exposition ?


Je n’aime pas vraiment influencer la manière dont les gens sont censés percevoir mon travail. C’est vraiment à eux de decider. Je pense que mon exposition parle d’elle même et que je dois rester silencieux.


« Uncovered skies », 2e étage
©Shuntaro - nendo