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Horaire
Horaires d'ouverture Ouverture : 10h - 20h
Location
Adresse24, rue de Sèvres, 75007 Paris

Rencontre : Prune Nourry

Événement | 31 décembre

Pour sa nouvelle carte blanche, Le Bon Marché Rive Gauche a l’honneur de recevoir Prune Nourry, artiste plasticienne, qui présente son installation « L’Amazone Erogène ». Née à Paris en 1985, Prune Nourry, pratique avec un égal talent la sculpture, l’installation, la performance ou encore le cinéma.
Son travail prolifique questionne le monde contemporain, et notamment des notions comme la génétique, la condition de la femme ou encore la sélection du genre.
En attendant de découvrir « L’Amazone Erogène » en magasin dès le 9 janvier, Le Bon Marché Rive Gauche vous propose de faire connaissance avec Prune Nourry à travers 6 questions autour de l’artiste et son œuvre.

Pouvez-vous expliquer pourquoi ce titre « L’Amazone Érogène » pour votre exposition au Bon Marché Rive Gauche ?


Dans la mort, il y a la vie ! Dans cette cible que des centaines de flèches attaquent, on peut voir la maladie, mais aussi la course des spermatozoïdes vers l’ovule. Quand j'ai eu un cancer du sein et quand mon chirurgien m’a proposé plusieurs options d’opération, celle qui semblait la plus appropriée dans mon cas voulait dire d'amputer ma zone érogène, sein et téton. J’ai béni le ciel — et remercié l’évolution ! — d’en avoir deux ! Je suis devenue, comme tant de femmes ayant également traversé cette épreuve, une amazone. J'ai eu la chance d’avoir le choix. J’ai décidé de l’enlever pour vivre, pour reconstruire comme je le souhaitais, jeune femme de 31 ans avec mes envies et mes besoins.
L'œuvre actuelle est une version monumentale de celle que j’avais réalisée pour mon exposition « Catharsis » à la galerie Templon en septembre 2019, regroupant toute une série d’œuvres sur l’espoir universel de guérison et de fertilité.


« L’Amazone Erogène », projet pour les verrières centrales, 2020. © L. Léonard, G. Drossart Prune Nourry Studio

Comment avez-vous pensé l’installation « L’Amazone Érogène », présentée au Bon Marché Rive Gauche ?


J’ai pensé cette installation comme des milliers de flèches qui se dirigent vers une cible, en forme de sein géant. Ce sein géant est également une représentation des lignes de vie, à la manière d’un tronc d’arbre coupé. En effet, quand on coupe un arbre on peut en distinguer toutes ses lignes de vie. A travers ces formes, on devine les hivers qui ont été rigoureux ou les étés lumineux : comme une métaphore de la vie d’un être humain.
« L’Amazone Érogène » peut être lue comme une métaphore de la victoire sur la maladie. On passe à travers la maladie, comme on passe à travers des milliers de flèches.


« L’Amazone Erogène », travail en cours, 2020. © Studio Prune Nourry

En quoi cette œuvre s’inscrit dans le corpus de vos œuvres précédentes ?


Cette œuvre est dans la lignée de ce que j’ai fait jusqu’à maintenant car sans le savoir j’avais déjà travaillé sur les questions de la féminité, de la procréation ou de la sélection. Pour « L’Amazone Érogène », j’ai poursuivi ma collaboration avec des artisans, à partir notamment d’un matériau qui fait particulièrement sens pour moi, le bois. J’ai fait une école de sculpture sur bois et c’était très important de retourner vers ce matériau, autant pour la réalisation des flèches, que celle de l’arc ou du sein géant. Il y a quelque chose de très organique dans le choix du bois car c’est un matériau vivant. Les craquelures qui partent du cœur du tronc ressemblent à des cicatrices sur le corps et qui racontent chacune à leur façon l’histoire d’un être humain.


« Self-Defense », 2019. Vue de l’exposition Catharsis, Galerie Templon, Paris. © B. Huet Tutti Prune Nourry Studio

De quelles façons votre expérience personnelle vient-elle irriguer votre travail d’artiste ?


A travers cette expérience, je suis passée de sculpteur à sculpture. On reconstruit le corps comme on sculpte, les matériaux sont juste un peu plus complexes ! Avant la maladie, je pensais avoir une relation presque objective par rapport à mes sujets. La tumeur m’a poussée à regarder plus en moi, comme un morceau d'argile à transformer. Sans renoncer à ma pudeur, j’ai pu partager ce qui me semblait universel et important, en espérant aider d’autres femmes ou hommes qui passent à travers ce parcours, à la fois banal et extraordinaire, du cancer. Je me nourris aussi beaucoup de mes échanges avec les autres, aussi bien des voisins que des chercheurs, des gens proches ou connus au bout du monde. Je me suis rendue compte que les gens que je rencontrais et les sujets dont je parlais, d’une manière ou d’une autre résonnaient toujours avec qui j’étais et ce en quoi je croyais. Il y a en cela un langage universel.


Prune Nourry, 2020. © Le Bon Marché Rive Gauche

Votre œuvre frappe par les tensions qu'elle traduit, mais aussi par la notion d'équilibre qui s'en dégage...


Pour chacun de mes projets, j’ai suivi un fil rouge où une œuvre m’amenait à une autre. A travers la maladie, une filiation qui était invisible s’est matérialisée : tous mes projets se condensent dans cette même notion de la catharsis et de la recherche d’équilibre, pour le corps, l’esprit, la nature. Cette recherche d'équilibre, j’en parle dans mon travail d’artiste, mais j’essaye de la mettre en pratique aussi dans ma vie personnelle autant que possible, car les deux sont bien sûr intrinsèquement liés. C’est simplement l’idée d’être aligné avec qui on est et de respecter ce qu'est l’autre, avec ses différences qui nous enrichissent.


« L’Amazone Erogène », projet pour les verrières centrales, 2020. © L. Léonard, G. Drossart Prune Nourry Studio

Y a-t-il un ou des messages que vous aimeriez faire passer à travers l’exposition « L’Amazone Érogène », présentée au Bon Marché Rive Gauche ?


Quand on traverse une expérience difficile, on se pose d’abord la question du « pourquoi moi ? ». Mais très vite, j’ai préféré la transformer en « qu’est-ce que j’en fais ? ». C’était mon instinct de survie qui parlait, peut-être... J’ai décidé de prendre la maladie comme un projet, avec les outils que j’avais sous la main et le mode d’expression qui est le mien, la sculpture. Mais ça pourrait être 1000 autres choses en fonction de ce qu’on aime et de ce en quoi on croit ! C’est aussi l'idée de la réparation par un geste artistique, inspiré par les ex-votos. L’idée que l’espoir, la créativité et la proactivité sont clés dans la maladie. Et je suis heureuse de pouvoir partager ce message avec le plus grand nombre grâce à l'exposition qu'organise Le Bon Marché Rive Gauche.


Prune Nourry à l’atelier, 2020. © Le Bon Marché Rive Gauche